Dans son Essai historique (Notre histoire… ou 75 ans de scoutisme FSC-SBPB Edition de la FSC)  75e anniversaire du Scoutisme FSC, l’aumônier Georges MOREL consacre quelques lignes à la création de la Route des Hommes.

Scoutisme d’adulte

« L’idée venait de loin et a pris forme peu à peu, dans des situations diverses. Ainsi, pendant la guerre 40-45, se sont trouvés dans des camps de prisonniers des militaires, membres ou anciens membres des fédérations scoutes et parmi eux le commissaire général de la FSC, Léon Van der Beken (ainsi que Charles de Neuter). Ce qu’ils avaient en commun les a rapprochés dans ce milieu très particulier. Ils y ont développé les richesses morales et religieuses qu’ils tenaient du scoutisme et les ont même partagées avec d’autres. Les liens ainsi tissés, certains n’ont pas voulu les laisser se rompre une fois rentrés dans leurs foyers.

C’est un cas; il y en eut d’autres.
C’est ainsi que se sont formés des groupements, qui sont devenus la « ROUTE DES HOMMES ».

Des groupes ont fait partie de la branche ROUTE, et par là de la FSC. Mais cette situation était quelque peu ambiguë : ce n’était pas du scoutisme, c’était autre chose, bien que lié au mouvement d’éducation par lequel ses membres avaient passé autrefois. Il s’adressait notamment à des foyers. Il devait s’ouvrir à tous ceux à qui le scoutisme de leur enfance et de leur adolescence avait apporté le sens du service, le goût du plein air, une philosophie de vie.

Plus tard, le groupement prit le nom de « Fraternité de Route. »

Et pour illustrer ce texte d’histoire, votre secrétaire-rédacteur de la Revue est allé rechercher dans sa grande armoire aux souvenirs, cinq petits feuillets sur papier pelure que son frère André, officier, prisonnier aux OFLAG de Tibor, Prenzlau et Fischbeck avait glissé clandestinement, en 1943, dans un colis de linges usagés.

Il y eut tout d’abord quelques lignes qui m’émurent profondément, écrites celles-là sur papier officiel de Kriegsgefangene. Pensez donc : mon aîné de dix ans n’avait pas connu le scoutisme. Quelle joie pour moi de le voir y adhérer à son tour.

30 janvier 1943
« Mon cher petit frère – J’ai le plaisir de t’annoncer que je fais partie du groupement scout du camp que dirige notre chef belge V.d.B. (Léon Van der Beken). Nous avons en vue notre formation de « Routier-Maître » par une étude approfondie du Scoutisme (origines, esprit, idéal, moyens, etc.)…  »

Et il me questionnait: « Es-tu rattaché au clan de Visé ? »
(On comprendra plus loin l’importance de Visé dans la création de la R.d.H.)
Et voici ce que me faisaient connaître les feuillets clandestins datés du 10 août 1943.

« Ici (à Fischbeck), comme à Prenzlau, nous avons deux réunions d’équipe par semaine, et trois dimanches sur quatre : réunion de clan. Notre équipe « St François d’Assise » est une des plus anciennes (elle existait déjà à Tibor au moment où j’y entrais, 27 janvier 1943, elle comptait huit équipiers et en l’espace de quinze jours trois nouveaux venaient grossir les rangs. Faire équipe à onze n’était plus possible. L’équipe fut scindée. Avec de nouveaux arrivés, St François d’Assise, équipe mère, donna naissance à deux rejetons : « Les Cogneurs » et les « Jalonneurs ». St François gardait son chef André D. (André Delvaux). Les « Cogneurs » avaient pour chef, Paul L. (Paul Lamaye), avocat, et les »Jalonneurs » Henri G. (il s’agit de Maurice Grégoire), liégeois officier d’active. »

La « lettre » détaille le programme des réunions et l’évolution toujours grandissante du nombre d’équipiers. Deux noms sont encore cités, il s’agit de Théo Joret et J. Lequarré de la 13e St Remacle-Liège.

Si l’abbé MOREL a cité avec raison le développement des clans de Routiers-Maîtres dans les OFLAG, il ne dit malheureusement rien de ce qui se faisait, à l’époque, dans le pays. C’est une grosse lacune car si mon frère me demandait si je faisais partie du clan de Visé, c’est bien parce qu’il avait connaissance, là-bas dans son camp, qu’à VISE, la Route des Hommes ça démarrait très fort. Il y a eu aussi, Liège avec Pierre BEGASSE, Bruxelles avec l’abbé LAMBOT et Willy GHYOOT (clan du Sapin, clan St Boniface), Charleroi avec Robert BRACQ (clan des Ombres).

G.D.